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Lettres à M. le président de la République

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Sujet ouvert par : Daniel CAUET le 10-09-2007
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Daniel CAUET
le 10-09-2007
Monsieur le Président,

Je vous écris une lettre que vous lirez peut être si vous avez le temps…ce dont je doute fort au regard du barnum médiatique qui nous est imposé à longueur de journées par des média dont je ne mets à aucun moment en doute l’indépendance éditoriale… Si je me permets de m’adresser ainsi à vous dont l’agenda n’a certes pas besoin de mon intervention pour être à la limite de la surcharge pondérale, c’est qu’un doute m’assaille : ne nous prendriez vous pas, par hasard, pour des imbéciles ? Je vous concède qu’ainsi énoncée la question puisse paraître quelque peu brutale. Je devine l’incompréhension, bien légitime, qui vous envahi et c’est pourquoi je vous propose, à l’aide d’exemples choisis, d’éclairer votre présidentielle lanterne. Le premier thème que je souhaite soumettre à votre sagacité est d’importance puisse qu’il s’agit de la santé.

Je me permets tout d’abord de soumettre à votre sagacité la définition suivante :
Système de santé : c'est toute l'organisation de la santé : avec les professionnels de santé, leur nombre et leur répartition géographique, le niveau d'équipement médical à l'hôpital ou en médecine de ville, le financement des soins et leurs remboursements, les choix de santé publique, la prévention, la sécurité sanitaire et alimentaire, la santé au travail.
Pour rébarbative qu’elle soit, cette définition est assez précise pour nous indiquer clairement que le système de santé semble ne receler que des éléments qui à vos yeux et à ceux de votre gouvernement ne présentent qu’un vague intérêt voir une absence totale de considération. Ainsi de la même façon que vous aviez, lors de votre passage au ministère de l’intérieur démantelé la police de proximité (je vous cite de mémoire : « Le rôle des policiers n’est pas de jouer au foot avec les jeunes… »), vous vous employez désormais à démanteler le système de santé de proximité. Le parallèle est d’ailleurs frappant : de même que la police de proximité a un coût et ne gonfle pas le nombre officiel d’affaires résolues, les hôpitaux de proximité ont un coût et ne font pas avancer la science. De même que la police de proximité fait de la prévention évitant ainsi la criminalisation de personnes qui, sans elle, auraient basculé du mauvais côté, les hôpitaux de proximité font de la prévention et de la médecine au quotidien évitant ainsi que des pathologies légères basculent du mauvais côté. Le seul point rassurant dans cette comparaison est que vous et vos ministres parliez de mettre en place une police de quartier qui jouerait le rôle de l’ancienne police de…proximité. Il est donc légitime de pensez qu’après avoir mis à bas le système de santé de proximité vous mettiez en place un système de santé de … quartier.

La fermeture de services voir d’établissements de soins est ainsi programmée comme une recette miracle pour redresser le déficit de la sécurité sociale. En toute logique, cette diminution des dépenses de santé peut être imputée soit :
 A une diminution de la qualité des soins : situation impensable avec le talentueux ministre de la santé qui gère nos hôpitaux.
 A une optimisation des moyens mis en œuvre : avec des taux d’occupations des lits qui frisent l’invraisemblable et des délais d’attente d’hospitalisation et de consultation qui rappellent la grande époque soviétique, l’optimisation a été depuis les années 70 poussée à son maximum.
 A une diminution du nombre des malades, seule hypothèse plausible.
Une question reste néanmoins posée : diminuer le nombre de places d’hospitalisation diminuerait donc le nombre de malades ? Mais qu’attendons nous donc pour appliquer cette rhétorique à la délinquance : diminuons donc le nombre de places dans les établissements pénitentiaires et nous verrons mécaniquement baisser le nombre de délinquants !

Le financement du système de santé est certes l’un des grands enjeux auxquels notre société devra faire face dans les toutes prochaines années. Mais est-ce une raison pour nous refaire le coup de la canicule ? Il est vrai que nous avions bien ri quand J.P. Raffarin était venu , la mine compassée, nous expliquer que la surmortalité liée à la canicule était due à l’inconséquence des Français. Il faut dire qu’il n’avait pas hésité à sortir le grand jeu : oubliés les sous effectifs aux urgences, disparus les fermetures de lits pendant les vacances, évaporés les infirmières non remplacées, diluées les conditions lamentables d’hébergement, escamotés les travaux d’entretien différés pour cause de non budget. Non, non et non, la surmortalité était bien due au manque de civisme de la France d’en bas. Avouez qu’il faudrait vraiment être mauvais public pour ne pas applaudir des deux mains une telle débauche d’effets spécieux ! Toujours est-il qu’il nous fallait alors assumer cette mauvaise conscience : donnons donc un jour de notre travail pour nous racheter et, promis juré, les sommes correspondantes seront utilisées pour améliorer les conditions d’hébergement et de prise en charge de nos anciens. Ainsi naquit le « jour travaillé pas payé » encore nommé « jour chômé travaillé » à moins que ce ne soit « jour de congé non chômé » ou « jour de travail retenu sur les congés »… on ne sait plus trop…Et vous venez vous benoîtement quelques année plus tard nous expliquer que si les gens se font soigner c’est qu’ils sont malades et que donc les malades sont la source de tous nos maux. Taxons donc les malades qui coûtent à la société et faisons leur financer la prise en charge de la maladie d’Elsheimer ! Par pitié, laissez nous un peu souffler, nos abdominaux souffrent encore des crampes de rires de « l’effet canicule ». Bref, taxer, même si cela porte le nom de franchise (drôle de mot dans votre bouche…), les patients se justifie pleinement car c’est à cause d’eux que le système de santé dépense l’argent du contribuable. Que les plus démunis soient souvent les plus malades et donc les plus taxés, ne vous est pas venu à l’esprit… Il faudra que je vous fasse parvenir les références des centaines de publications scientifiques qui attestent que plus on est malade moins on est bien portant.

Car il ne fait pas bon être malade dans notre beau pays. Certes je vous sais en excellente forme physique et si j’avais le moindre doute à ce sujet, la tonicité de vos foulées audiovisuelles m’en convaincraient, mais peut être serez vous amené (ce qu’à Dieu ne plaise) à devenir un usager du système de santé (oui, on ne dit plus « malade » ni « patient » mais « usagers du système de santé » comme on dit « abonné au gaz »). Il est fort probable que si telle situation devait se produire vous seriez loin des services d’urgence débordés où des patients attendent sur des brancards dans les couloirs qu’un interne épuisé par une nuit de garde puisse s’occuper d’eux. Peu de chances pour que vous vous retrouviez dans la chambre à deux lits d’un service dont la seule infirmière de nuit doit prendre en charge tous les patients. La proximité avec le système de santé n’est donc pas, et cela est fort logique, l’une de vos priorités mais souffrez malgré tout que nous examinions plus en détail un exemple emblématique de l’état de déliquescence de notre système de santé : le « parcours de santé ». Ce concept que nous devons probablement au cerveau suractivé de quelque économiste de la santé part du principe que moins les patients vont voir de médecins, moins ils coûtent cher. Pour limiter les visites chez les praticiens, imposons donc à chaque citoyen de choisir un médecin qui deviendra ainsi son « médecin référent ». Toute visite (à quelques exceptions près) à un autre médecin sera, sauf si elle est prescrite par le médecin référent, taxée. Au premier abord la manœuvre semble tenir la route. Sauf qu’au deuxième abord, l’expérience montre que cela n’a en rien fait baisser le nombre de consultations des médecins de ville et que la seule conséquence est en fait une nouvelle taxation des patients. L’effet pervers qui s’est invité seul au bal est que lorsqu’un patient veut voir un autre médecin que son médecin référent (par exemple pour avoir un deuxième avis) il va avoir tendance à aller aux urgences de l’hôpital le plus proche plutôt que de se laisser gentiment taxer.

Voilà, j’en ai fini pour cette fois, je ne vous embête donc pas plus longtemps. Souffrez cependant que je me réserve le droit, au gré de mes humeurs, de vous importuner à nouveau dans l’éventualité où un autre sujet d’actualité me permettrait d’éclairer votre réflexion.






D. C.

Daniel CAUET
le 14-09-2007
Monsieur le Président,

C’est le front rouge de confusion que je me permets à nouveau de perturber votre activité débordante. Je souhaiterais cette fois vous entretenir des doutes qui m’assaillent concernant un sujet phare de votre campagne : la sécurité et la justice.

La sécurité est l’une des préoccupations majeures des Français. Vous le savez bien vous qui fûtes pendant plusieurs années notre ministre de l’intérieur. C’est à ce titre que vous avez d’ailleurs proposé de nettoyer au Kärcher les quartiers où se retranchait la racaille responsable du sentiment d’insécurité des Français. Quelle ne fut pas alors la réaction de cette gauche laxiste et criminogène qui n’hésita pas à utiliser les qualificatifs les plus extrêmes pour vous stigmatiser. Comme si vous étiez le premier à défendre ce type de pratiques… Ces persifleurs seraient bien inspirés de relire leurs manuels d’histoire : ce type de nettoyage a déjà été préconisé à plusieurs reprises. L’un des exemples les plus connus date de quelques dizaines d’années même s’il est vrai que la technologie du lavage haute pression n’avait pas atteint le niveau de perfection qu’elle possède aujourd’hui et que d’autres options techniques avaient donc été choisies. Fait anecdotique mais amusant, le promoteur de cette solution était lui aussi complexé par sa petite taille, mais la comparaison s’arrête là : lui portait la moustache et habitait Berlin.
Quoi qu’il en soit, votre nettoyeur de quartier haute pression n’a pas connu le succès commercial escompté : même notre très martiale ministre de l’intérieur, Mme Alliot Marie, n’ose plus en parler. Notez bien que je ne peux lui en tenir rigueur : profondément marquée psychologiquement par l’épopée du désamiantage du Clémenceau (tiens, tiens, encore une histoire de nettoyage…), je conçois fort bien qu’elle se montre très prudente quand à l’aspect technique des dossiers dont elle a la charge. Toutefois ce silence radio signifie-t-il que tous les problèmes ont disparus ? Résolus les si graves dysfonctionnements qui, il y a encore quelques semaines, justifiaient un déplacement du ministre de l’intérieur accompagné d’escortes policiaires et de caméras ? Si tel est le cas, on ne peut que saluer la modestie d’un gouvernement qui, en quelques semaines, a réussi là ou tous ses prédecesseurs ont échoués et qui n’en profite pas pour se faire abondamment mousser ! Certains mal informés prétendent pourtant que les problèmes ne seraient pas tous totalement résolus… mais que leur médiatisation joue maintenant contre vous et qu’il serait donc de rigueur de les minimiser voire de les occulter. Vous pensez bien qu’il m’est impossible de croire une chose pareille !

La suppression de la police de proximité, que nous avons déjà évoquée ensemble, vous a permis de mettre en place, à grands renforts d’opérations de communication, les brigades anti criminalité (BAC) que vous nous avez vendu comme une innovation d’importance. Mais, quand on y songe, quel pourrait être le rôle d’une unité de police si ce n’est la lutte contre la criminalité ? La notion de proximité doit, je le suppose, réveiller en vous quelque traumatisme vécu lors de votre enfance, car en matière de justice également vous souhaitez supprimer les tribunaux de proximité. Quelle est donc cette blessure inavouée qui vous pousse ainsi, tel un dératisateur lâché dans un laboratoire de cosmétique, à éradiquer tout ce qui de près ou de loin ressemble à de la proximité ? A moins que la réponse ne tienne en un seul mot : économies ? Hé oui il faut bien financer les cadeaux et promesses faits depuis que vous avez révélé à la France votre ambition présidentielle. Notez que, pour une fois, tout omni président que vous êtes, vous avez mis en première ligne un membre du gouvernement. Cependant même ici le hasard n’a pas sa place : le seul membre de l’équipe gouvernementale à qui vous laissez la possibilité de s’exprimer largement dans les médias est votre clone féminin. Avez-vous remarqué à quel point Rachida Dati s’efforce de vous ressembler : marche au pas de charge, suractivité médiatisée à outrance, discours tranchants et populistes, mépris de ses collaborateurs, autoritarisme forcené… Il faut absolument que vous nous révéliez le nom du généticien responsable de ce clonage, il mérite pour le moins le prix Nobel ! Je me permettrais toutefois une petite réserve à son encontre : peut être aurait-il pu introduire dans son modèle une dose de tolérance, de savoir vivre, bref d’humanité, à seule fin de ne pas épuiser collaborateurs et conseillers à la vitesse de la lumière. A ce rythme là, Mme la Garde des Sceaux va bientôt être contrainte d’aller recruter à l’étranger…ce qui, réflexion faite, va dans le sens du concept de l’immigration choisie. Elle aura quand même eu le temps avant cela de nous concocter une loi instaurant la notion de « peine plancher » en cas de récidive, librement inspirée de celle adoptée depuis longtemps par les Etats-Unis d’Amérique. Quand sait que l’impact de cette loi sur les taux de criminalité dans ce merveilleux pays de libertés est nul, on ne peut s’empêcher de s’interroger sur l’urgence à l’imiter… sauf, diront les esprits chagrins, à imaginer que seul l’effet d’annonce et les retombées médiatiques importent.

Enfin, et j’en terminerais par là, vous avez déclaré qu’il serait souhaitable que les personnes mentalement irresponsables puissent être jugées. Je retrouve bien là votre sens de l’équité et votre volonté farouche de faire reculer les inégalités et les discriminations. Comment en effet a-t-on pu supporter si longtemps que les handicapés mentaux, tels des paraplégiques au bas de l’escalier de la justice, ne puissent profiter comme tout un chacun d’un bon procès. Allons plus loin, supprimons cette notion d’irresponsabilité mentale qui n’est finalement qu’une finasserie d’avocats, rétablissons la question pour ces soi disants malades mentaux qui finiront bien ainsi par avouer ce que l’on attend d’eux ! Cerise sur le gâteau : filmons les séances de questions, nous disposerons ainsi d’un matériel pédagogique pour l’éducation des générations à venir qui apprendront ainsi qu’il ne fait pas bon braver l’autorité et l’ordre moral, quand bien même on n’est pas responsable de ses actes.

Je tiens à m’excuser à nouveau pour la gêne que, je le suppose, doivent vous occasionner mes interventions mais je me réserve le droit, au gré de mes humeurs, de vous importuner à nouveau dans l’éventualité où un autre sujet d’actualité me permettrait d’éclairer votre réflexion.

D. C.

Daniel CAUET
le 22-09-2007
Monsieur le Président,

Tel l’inspecteur Colombo revenant sur ses pas à peine la porte franchie, j’ai malheureusement à nouveau besoin de vous adresser quelques questions qui, je n’en doute pas, retiendrons votre précieuse attention.
Vous avez indiqué, si mes vieillissantes oreilles ne n’ont pas trahi, lors d’un discours traitant de l’éducation qu’il faut absolument diminuer le nombre d’élève par classe. Qui ne souscrirait à une telle démarche ? C’est pourquoi le gouvernement formé par votre premier ministre décide fort logiquement de supprimer plus de 12 000 postes dans l’éducation nationale en 2 ans. A ce niveau là ce n’est plus du dégraissage mais carrément de l’équarissage de mamouth dont il faut parler… Je sais fort bien que le cursus menant à la profession d’avocat qui est la vôtre est plus littéraire que scientifique mais tout de même, réussir ce tour le force de diminuer les effectifs d’enseignants en soulageant les effectifs des élèves relève de la quadrature du cercle. Un tel tour de passe passe ne peut se concevoir qu’en imaginant un autre objectif que celui qui est annoncé : oui il est possible de faire baisser le nombre d’élèves par classe tout en supprimant des postes dans l’éducation nationale, il suffit de pousser les élèves vers l’éducation… privée et le tour est joué ! Ce stratagème n’est pas tout nouveau et nous a déjà été servi dans divers domaines : sous couvert de réaliser des économies, les suppressions (ou non renouvellements) de postes dans le secteur publique a tout naturellement poussé les populations vers le secteur privé. Je ne prononcerais pas le vilain mot de privatisation de l’éducation nationale, mais je me permettrais d’y penser très fort…

Quelles recettes pour optimiser, puisque c’est bien de cela dont il est question, le moyens mis en oeuvre pour l’enseignement ? Votre première proposition ne manque pas de sel : rendre les enseignants plus polyvalents. Qu’un professeur de mathématique enseigne le français ne vous semble donc pas choquant mais au contraire souhaitable. Ici encore un minimum de rationalité est nécessaire à la compréhension de la démarche : tout responsable d’un processus de production vous le dira, l’optimisation passe toujours par une spécialisation. Autrement dit, dans l’industrie quand on cherche à optimiser une production, on commence par la « découper » en tâches élémentaires puis on fait traiter chacune de ces tâches par une unité spécialisée. Vouloir concilier optimisation et polyvalence n’est donc qu’un leurre : si le professeur de mathématique peut bien entendu faire un cours de français, il n’a pour ce faire pas beaucoup plus d’atouts que vous ou moi. Soutenir que la qualité de l’enseignement qu’il pourra alors dispenser est équivalente à celle d’un professeur de français revient à nier les compétences spécifiques de ce dernier. N’y voyez pas malice mais ne vous étonnez donc pas si ces professeurs dont vous dévalorisez de fait la formation ne soutiennent pas forcément avec une ardeur religieuse une telle démarche.

Trop d’enfant quittent l’école sans avoir atteint le niveau minimum exigible d’un système d’enseignement. Certes, mais outre les classes surchargées, le manque de prise en compte des spécificités des élèves n’y est-il pas pour beaucoup ? Plutôt que de fustiger les enseignants et de culpabiliser les élèves, ne serait-il pas plus constructif de comprendre d’où vient cet échec. Un exemple symptopatique : la neurobiologie nous dit qu’il est totalement impossible pour un enfant dyslexique d’apprendre à lire avec les méthodes globales ou semi globales utilisées dans presque toutes les écoles de France. Il est scientifiquement prouvé qu’environ 10% des enfants sont dyslexiques et ce quelque soit le milieu socio économique. Nous avons donc trois types d’enfants : les non dyslexiques sans problème, les dyslexiques favorisés qui apprendront à lire grâce à l’orthophonie et les dyslexiques non favorisés qui resteront analphabète. Cela ne vous pose-il pas problème de concevoir qu’en raison d’une pathologie reconnue par le monde médical on envoie dans le mur une proportion somme toute non négligeable d’enfants ? Il est bien entendu plus compliqué de prendre à bras le corps ce type de problèmes que de proposer des solutions à l’emporte pièce qui feront mouche dans l’opinion publique mais n’amélioreront aucunement les choses.

Une campagne de dénigrement de l’enseignement supérieur français sévit actuellement dans un grand nombre de médias : nos universités ne forment pas assez de chercheurs de haut niveaux, la recherche publique dans nos universités de donne pas assez souvent lieu au dépôt de brevets… L’enseignement supérieur étatsunien nous est régulièrement présenté comme un modèle qu’il nous faut absolument imiter. La totale indépendance des médias par rapport au pouvoir ne me permet pas de m’imaginer qu’il existe un lien entre ce type de campagne et votre volonté de réformer les universités. Non, non, il va décidément falloir que je me trouve un bon psychiatre spécialisé dans la paranoïa car je vois encore en filigrane poindre le mot privatisation…

En attendant ma prochaine consultation, je me réserve le droit, au gré de mes humeurs, de vous importuner à nouveau dans l’éventualité où un autre sujet d’actualité me permettrait d’éclairer votre réflexion.

D. Cauët


Daniel CAUET
le 29-09-2007
Monsieur le Président,

En vous voyant vous démener en tous sens, tel une mère thérésa en proie à une crise de mal épileptique, dans but de soulager la peine et d’améliorer le quotidien de mes concitoyens, je me dis que la vie est quand même bien injuste. Malgré tous ces efforts il en est encore qui critiquent votre action voire qui ironisent sa surmédiatisation. C’est pourquoi j’ai décidé cette fois, au lieu de vous abreuver de questions, d’essayer de soulager votre fardeau.

S’il est un thème qui vous embarrasse c’est bien celui de l’immigration et cela semble bien légitime en regard de vos origines. Je vais donc tenter de vous fournir quelques pistes de réflexion sur ce sujet. Etant vous-même issu d’une immigration assez récente (vos parents sont venus s’installer en France il y a maintenant quelques années) je conçois fort bien la gêne que vous en éprouvez. En effet même si votre immigration est plus col blanc / chevalière en or que balais / marteau piqueur, le fait d’en être issu vous interdit de facto de prôner l’immigration zéro comme l’autre énucléé. Car si immigration zéro il y avait eu il y a quelque année elle nous aurait privé de l’immense plaisir de vous voir là où vous êtes aujourd’hui. La France y aurait perdu un grand souverain, oups, pardon un grand président. Mais son électorat il vous plait bien à l’autre énucléé ! Toujours en quête de solutions simples à des problématiques complexes vous nous avez alors inventé l’immigration choisie. Cela signifie, pour faire bref, que le pays décide des profils (et des quantités) des personnes qu’il autorise à rentrer sur son territoire. Outre le fait que l’on touche ici à la notion de discrimination (quels critères prendre en compte : profession, revenus, religion, couleurs de peau…), cette notion n’est encore une fois pas nouvelle : elle a permis à la France pendant des années de disposer d’un réservoir, par exemple de tirailleurs sénégalais que l’on utilisait à discrétion comme chair à canon quand les besoins s’en faisaient sentir. Ce qui est nouveau c’est que les pays d’où provient l’immigration n’ont plus l’intention de se laisser plumer comme ils l’ont fait pendant des années. Ainsi, ils ne tolèrent plus que, comme un vulgaire Total exploitant leurs ressources pétrolières, les états riches organisent en toute tranquillité la fuite des personnels les plus qualifiées. Vous noterez que la France adopte strictement la même attitude quand les flux s’inversent : que ne nous sommes pas lamentés sur la fuite des cerveaux vers les états unis d’Amérique…qui ont adopté à notre égard une politique d’immigration choisie. « Ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas que l’on te fasse » m’ont répété durant des année mes parents, je me permets à mon tour de vous faire profiter de ce sage conseil. Ainsi peut être comprenez vous mieux maintenant l’attitude comment dire, très réservée voire carrément hostile, des pays Africains vis-à-vis de l’immigration choisie ?

Afin de mettre en place sans trop de remous cette immigration choisie, il a été demandé aux immigrants de suivre une sorte de parcours initiatique au cours duquel leur connaissance de la langue et de la société française serait évaluée et, si nécessaire, améliorée. J’imagine à peine la tête du coopérant français (oui, quand l’immigrant est français on dit « coopérant » et non « travailleur immigré »…) à qui le gouvernement sénégalais demanderait d’apprendre le wolof ! Non, le coopérant français il parle le français et l’anglais et les autochtones ont intérêt à s’en contenter. Pourquoi donc demander à nos immigrants ce que l’on oserait proposer à nos coopérants ? L’explication tient certainement dans cette vieille histoire de savoir qui se trouve du bon côté du manche de la pioche…

Pour en finir et puisque nous abordons le thème de l’immigration, j’aimerais avoir votre sentiment concernant les Maliens d’Aubervilliers qui se sont fait violemment chasser des tentes qu’ils occupaient depuis des semaines par manque d’un logement décent. Cet épisode nous donna l’occasion d’assister à une scène surréaliste : Mme Rama Yade, secrétaire d'Etat auprès du ministre des affaires étrangères et européennes, chargée des affaires étrangères et des droits de l'Homme débarqua à Aubervilliers, sans tambour ni trompette (mais quand même avec une caméra qui tourne), pour dire à la France entière qu’elle trouvait ignoble l’attitude du maire communiste d’Aubervilliers qui serait responsable des expulsions. Mme Yade devait, je le pense réellement, être réellement scandalisée, et on le serait à moins… Il lui serait juste profitable de prendre quelques cours de ce que l’on appelait autrefois l’éducation civique : ce n’est pas le maire d’une commune qui dirige la police mais le préfet nommé par le conseil des ministres… dont elle fait accessoirement partie. De plus, s’il est évident que cette expulsion est un scandale, n’en est-ce pas un tout aussi intolérable que de laisser des familles, qui plus est en situation régulière, vivre dans de telles conditions ? Les bases les plus élémentaires des droits de l’homme (dont Mme Yade est la garante au sein du gouvernement Fillon) ne sont-elles pas allègrement bafouées par l’Etat lui-même ? Quelle position inconfortable pour Mme la secrétaire d’état ! Gageons que vous lui permettrez de réaliser le grand écart consistant à défendre les droits de l’homme au sein d’un gouvernement ultra libéral et mondialiste en inventant, pourquoi pas, l’expulsion choisie.

Après ces quelques conseils, il me reste à vous souhaiter une bonne continuation, tenez bon : tant que vous ne serez pas obligé de tenir vos promesses autrement qu’en en faisant d’autres, tout ira bien. Comme à l’habitude, je me réserve le droit, au gré de mes humeurs, de vous importuner à nouveau dans l’éventualité où un autre sujet d’actualité me permettrait d’éclairer votre réflexion.

D.C.

Daniel CAUET
le 17-10-2007
Monsieur le président,

Ils ont osé ! Malgré les efforts sans cesse par vous consentis, malgré l’abnégation sans limite dont chaque jour vous faites preuve, ils vous ont donc trahis ! Comment ont-ils pu tomber si bas ? Quels bas instincs guidaient en ce soir funeste leurs pas chancelants ? Et leur chef, qui aura le courage de le clouer au pilori de la honte ? Honte sur le quinze de France, et par delà honte à tous les rugbymen de notre beau pays. C’était pourtant simple : le quinze tricolore occupait le devant de la scène, gagnait la coupe du monde et le magnifique rideau de fumée médiatique masquant les sujets qui fâchent pouvait encore tenir quelque temps… Mais non, ils n’ont pas obéis et sont allés se faire battre, par des Anglais qui plus est. Jeanne d’Arc réveille toi, il nous faut à nouveau bouter l’Anglais hors de France !
Il est vrai que le rideau de fumée évoqué plus haut devenait de plus en plus difficile à garder complètement opaque… Un certain nombre de préoccupations se font de plus en plus aigües et la pression de la rue commence à se faire sentir. Ainsi la réforme des régimes de retraites va-t-elle nous valoir une (voire plus…) journée de grève bus, ratp et sncf que les directions respectives de ces entreprises elles mêmes nous prédisent comme très suivie. On n’avait pas vu cela depuis qu’un certain premier ministre « droit dans ses bottes » ait tenté un passage en force qui ne lui a pas particulièrement réussi… Il est vrai qu’en ces temps reculés le premier ministre, dont vous avez fort à propos réduit la fonction à néant, n’était pas qu’une sorte de fusible médiatique... Qu’en est-il en réalité de ces futures réformes des régimes spéciaux ? Il s’agit simplement d’aligner tous les régimes de retraite sur le régime général. C'est-à-dire d’allonger la durée de cotisation des salariés dépendant de ces régimes et donc de les faire travailler plus longtemps. Soit. Si l’on ajoute à celà la mise en œuvre de votre slogan favoris : « travailler plus pour gagner plus », nous allons donc nous retrouver avec des salariés qui vont travailler plus et plus longtemps. Il va décidément falloir une énergie hors du commun et un moral d’acier aux jeunes générations pour déboulonner de leurs emplois ces super travailleurs et trouver eux même du travail !

Autre sujet de grogne de ce peuple bien peu conscient du bien être qu’il doit à ses dirigeant, et nous avons déjà évoqué ensemble votre aversion pour les structures de proximité, le démantèlement de notre système judiciaire. Comme prévu les tribunaux des petites communes sont en voie de suppression grâce au remaniement de la carte judiciaire orchestré par Mme Dati. Les protestations des élus de tous bord, des avocats, des membres de l’institution juridique n’y feront rien : ces tribunaux fermeront ! Ils fermeront car il en a ainsi été décidé après concertation entre Mme Dati et … vous-même probablement car, à en croire les manifestations que déclanche la garde des sceaux (devrais-je dire « des sots » ?) lors de ses visites en province, les acteurs de la vie judiciaire française ne semblent pas voir été entendus ni même écoutés.

Pour finir et après avoir regadré avec attention votre intervention télévisée, je souhaite en toute modestie tenter de vous apporter toute l’aide dont je suis capable afin d’enrichir votre propos. Je suppose que certains mal intentionnés auront fait le décompte du nombre de « remarquable » contenus dans votre discours (je sais bien qu’il s’agissait théoriquement d’une interview et non d’un discours mais, les deux « journalistes » qui ont eu l’insigne honneur de vous questionner n’ont même pas feint d’y croire une seconde, je maintiens donc le terme discours). Aussi dans un élan républicain qui n’aurait d’égal que le votre en pareil cas, je vous livre une série de synonymes du susnommé « remarquable » qui vous seront fort utiles pour vos prochaines interventions : admirable, beau, brillant, considérable, distingué, éblouissant, éclatant, émérite, éminent, épatant, étonnant, excellent, exceptionnel, extraordinaire, fameux, formidable, frappant, glorieux, incomparable, insigne, magistral, marquant, mémorable, notable, rare, saillant, signalé, singulier, surprenant, transcendant.
Afin d’étoffer un peu mon propos j’aimerais vous entretenir de la définition de ce qu’en mathématiques on appelle « identités remarquables » : certaines égalités vraies dans tout anneau commutatif, donc en particulier dans l'ensemble des entiers relatifs, dans l'ensemble des réels, dans l'ensemble des nombres complexes, ou dans des anneaux de polynômes. Elles servent en général à accélérer les calculs, à simplifier certaines écritures… Bon sang ! Mais c’est bien sûr, ce maître mot vous a permis de simplifier le fond de votre propos. La justice : travail remarquable de Rachida Dati, la politique étrangère : travail remarquable de Bernard Kouchner, la santé : travail remarquable de Roseline Bachelot, la culture : travail remarquable de Jack Lang (non, là je plaisante !)… l’orchestration de tous ces remarquables : remarquable travail de Charles Fillon. Cet enthousiasme vous a même fait trouver remarquables les fonctionnaires dont vous dites pourtant qu’ils sont trop nombreux et qu’ils grèvent d’importance le budget de la nation. Remarquable le travail des tribunaux que vous allez faire fermer, remarquable le travail des enseignants dont vous réduisez le nombre, remarquable même Ségolène Royal ! Avouez que ce lyrisme vous a emmené un peu loin : un peu plus et vous lui proposiez un poste au gouvernement…

C’est en regrettant de ne pas avoir eu le plaisir de vous voir filmé par toutes les caméras de France après la défaite du XV de France (vous devriez faire comparaître Bernard Laport en cour martiale pour haute trahison !) que je vous quitte. Cependant et comme à l’accoutumée, je me réserve le droit, au gré de mes humeurs, de vous importuner à nouveau dans l’éventualité où un autre sujet d’actualité me permettrait d’éclairer votre réflexion.


D.C.